Question à l’évidence d’actualité, à l’adresse aussi bien de nos gouvernants et de nos mandatés dans les instances représentatives de la Nation que de tout citoyen à qui l’on tente de faire oublier que l’avocat est le seul et véritable garant de leurs liberté et droits.

 

Ces hommes d’autorité se satisferaient-ils d’une défense captive lorsque, empêtrés dans des affaires qui défrayent périodiquement la chronique et que génèrent à l’évidence la griserie du pouvoir, l’illusion de l’impunité ou la volonté d’abattre un concurrent politique, ils se trouvent livrés au bras séculier de la justice ?

 

Ces citoyens pourraient-ils faire confiance en leurs défenseurs, privés de leur pouvoir d’expression ou d’intervention auprès d’un juge saisi ou d’un « substitut » de la justice en la forme d’un mode alternatif de traitement des litiges ?

 

Or, force est de constater que, quelle que soit leur sensibilité politicienne, l’autorité publique et le législateur, lois après lois, décrets après décrets, manifestent clairement leur volonté politique d’étouffer la flamme vive de liberté portée durant des siècles par la profession d’avocat, en abandonnant progressivement l’idée républicaine d’une justice déléguée, expression de la volonté populaire, au profit des modes alternatifs de traitement des litiges, en déjudiciarisant d’importants aspects des rapports sociaux, en privatisant le traitement d’un grand nombre de litiges, hors présence d’avocats, seuls garants de l’équilibre nécessaire entre droits et intérêts de chacun, en écartant ainsi notre profession, naturellement libre et indépendante, de la défense des Droits et Libertés.

Et, une propagande par voie de médias, insidieusement orchestrée auprès des citoyens, selon laquelle l’avocat générerait le procès à des fins corporatistes, propagande à laquelle s’ajoute l’insuffisance de réflexion de certains de nos dirigeants professionnels qui préfèrent sacrifier au jeu des ambitions personnelles plutôt qu’à la défense de notre mission sociale, participent de l’affaiblissement sinon d’une disparition prévisible de notre rôle dans la Cité.

Quand donc la profession prendra-t-elle enfin conscience du danger imminent qui la menace et qui porte atteinte à nos libertés de défendre, en la forme d’une réduction progressive de notre domaine d’activité au profit de professionnels, administrations ou dérivées, plus facilement contrôlables parce que structurellement et économiquement asservis sous la tutelle soit publique, soit privée, tels que les notaires, huissiers, juristes d’entreprise, associations à vocation sociale sous autorité administrative etc … et donc moins sensibles aux principes de Liberté et de Neutralité qui font la noblesse de notre profession.

 

Comment les avocats ne se sentent-ils pas interpellés :

–        par l’entreprise de suppression de l’expression orale au profit du « tout écrit » qui prive les citoyens, par le truchement de leur Conseil, d’une liberté d’expression face à leurs juges.
L’écrit n’est que « mise en conserve du raisonnement juridique » alors que l’expression orale          lui donne vie et humanise le débat.
–        par la volonté exprimée des plus hauts magistrats de notre système judiciaire qui proposent de confier le traitement de certains litiges spécifiques à des membres de la société civile tels qu’assureurs pour les conflits de responsabilité, huissiers pour les questions de recouvrement de créances, notaires pour les litiges en matière d’état des personnes, administrations etc …, alors que, de par leurs fonctions respectives ou leur lien de subordination, ils sont à la fois juges et parties, sans que soit surtout avancée la nécessité de la présence d’avocats.

–        par une proposition européenne de traitement de certains litiges du quotidien par l’entremise d’un site internet sans juge ni avocat.

Peut-on admettre qu’une machine aveugle dise le droit et rende sentence déshumanisée ?
–        par l’offre systématique de certains domaines traditionnels des avocats et sans que soit posée la question de compétence, à la profession de notaires, le monopole des cessions de parts de sociétés civiles immobilières leur ayant généreusement été accordée sur décision des députés.

Que décidera le Sénat si nous n’y prenons garde ?

–        par l’abandon aux hommes du Chiffre de la faculté de conseiller et d’assister leurs clients dans des domaines juridiques tels que le droit des sociétés, le droit social ou le droit fiscal, et ce au détriment des avocats spécialisés en la matière.

 

Première étape vers une approche de la profession d’avocat et de comptable au grand dommage, cependant, de la première, et pour le plus grand profit de la seconde qui a             toujours soutenu que le Chiffre constitue l’activité principale et que le droit n’en est que    l’accessoire pour être l’habillage du chiffre.

–        par l’insistance inquiétante des pouvoirs publics de remplacer le débat au prétoire par des modes alternatifs systématiques et dans tout domaine de traitement des litiges, annonce évidente de la mise en place d’une justice privée sans certitude qu’elle soit égale pour tous dès lors que l’avocat en serait exclu, ce qui semble probable.

–        par une subordination de la profession d’avocat à l’autorité étatique en ayant favorisé la création, suggérée et acceptée non sans légèreté par nos instances dirigeantes, d’un corps d’avocats « fonctionnaires du droit » soumis, quant à leur rémunération, aux caprices financiers de BERCY.

 

A-t-on réellement conscience que la survie économique de nos jeunes et talentueux Confrères et donc du devenir de notre profession, dépend, de par l’Aide Juridictionnelle, juridique et de par la commission d’office, barêmisées dans des proportions étiques, du bon ou du mauvais vouloir de l’autorité publique.

L’on place ainsi ceux qui constituent l’Espoir de notre profession dans le rôle humiliant de quémandeur pour subsister, alors qu’imprégné de sa mission, l’avocat, dans les premières années de son activité professionnelle, donne déjà le meilleur de lui-même au service de la justice.

Peut-on réellement défendre en pleine liberté sans être assuré d’un minimum de couverture financière, au risque d’être paralysé par des difficultés économiques qui suscitent hélas la dangereuse pratique du dumping et incitent, en retour, le justiciable à choisir pour sa défense le moins prenant tout en exigeant cependant une prestation de qualité.

 

Cela à titre indicatif et non limitatif pour tenter d’alerter les consciences, car il est à craindre qu’une grande majorité de nos confrères, trop préoccupés de remplir leur mission ou d’assurer leur survie économique, ne demeurent éloignés non par indifférence mais par ignorance de ce qui se trame, lois après lois, décrets après décrets, pour parvenir à réduire la profession d’avocat en esclavage et la placer sous surveillance du pouvoir politicien.

 

Mais que gouvernants et législateurs, quels qu’ils soient, prennent garde : la spécialité de l’avocat est la défense et s’il s’éveille, plagiant Jean JAURÈS, nous pourrons dire :

« vous avez réveillé la vieille misère humaine, et la vieille misère humaine s’est levée en poussant de grands cris ».

Car sachez que jamais l’avocat n’acceptera l’aliénation de sa liberté de défendre les droits légitimes des citoyens.